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Enseigner
l'altérité

Etapes/Numéro 200/janvier 2012



Notre époque a cette

particularité que ceux qui, comme moi, enseignent
l’histoire du graphisme transmettent un savoir
périmé.  Nous parlons le langage des contes de
fées. Les affiches de Josef Müller-Brockmann ou les mises en pages
de Paul Shuitema laissent nos élèves rêveurs. Par contre,
nous sommes rarement à l’aise dans l’espace non-euclidien de tous
ces objets communicants qui prolifèrent à la frontière du
graphisme. Lorsqu’il s’agit d’appliquer les leçons de
l’histoire aux exigences d’aujourd’hui, nous nous sentons un peu «
largués ».
Pour les étudiants, se familiariser avec l’histoire du graphisme tel que nous l’enseignons, c’est aussi faire l’expérience de l’altérité. L’orthographe de tous ces noms étrangers, d’Eadweard Muybridge à Joost Swarte en passant par Oskar Schlemmer et Seymour Chwast, rebute bien des apprentis graphistes. Quand on leur parle de la revue Wendingen ou de Vilmos Huszar, à leur tour ils sont intimidés.

Cette disparité de cultures entre générations, dont l’écart augmente de jours en jours, est l’ambiguïté sur laquelle je base mes cours. Un de mes objectifs est de proposer à mes étudiants une interprétation du graphisme non comme mode de communication mais comme mode de dépaysement.

Je ne cherche pas à les rassurer. Loin de leur donner le bénéfice de mon expérience (mes quarante ans dans le monde du design et de la presse aux USA), je leur offre le spectacle désordonné de ma fébrile curiosité. Mes présentations, bien que soigneusement étayées, argumentées et documentées, sont conçues comme des provocations plus que comme des démonstrations.

De plus en plus, je mélange à plaisir théorie et pratique. D’amusants exercices de plagiat se sont avérés être les plus efficaces pour forcer mes étudiants à s’approprier certains aspects de l’histoire du graphisme. Je les oblige à s’inspirer ou parfois même à carrément copier des œuvres de Rodchenko, Alvin Lustig ou Hans Richter. Dans un premier temps ils sont dépités, voir offensés d’autant plus que la tâche est malaisée car la matière numérique de leurs ordinateurs ne se laisse pas manipuler facilement. Bientôt les plus jeunes graphistes se prennent au jeu tandis que les plus chevronnés se rebiffent devant l’absurdité de l’exercice proposé.

Mais j’insiste. Nos grands peintres ont appris leur métier en copiant les tableaux de leurs maîtres. Le Louvre était une école plus qu’un musée. Qu’elles soient anciennes ou nouvelles, les techniques qu’utilisent artistes, affichistes, maquettistes, typographes, graphistes ou imprimeurs sont des trésors d’informations. Mais il faut les déchiffrer. Finalement, c’est en surmontant les limitations des fonctionnalités de leurs logiciels que mes étudiants découvrent l’histoire du graphisme dans toute son actualité.