Conception-réalisation du site : Gildas P. - Web Designer basé à Rennes - designer site web graphiste webdesigner Graphiste responsive design creation sites web processingjs webdesignGildas P. - Web Designer basé à Rennes - designer site web graphiste webdesigner Graphiste responsive design creation sites web processingjs webdesign

 


Sait-on encore ce
qu'est une affiche

Catalogue Chaumont 2010



Coincé entre le monde de la

communication et celui de l’art contemporain, le
graphisme a de plus en plus de mal à s’expliquer. Il ne
veut être ni le support d’un message marketing, ni
l’expression d’un discours artistique. Accusé par les uns de
ne pas être assez explicite, il est éconduit par les autres comme
trop didactique.

Le moment est sans doute venu de faire une relecture du célèbre texte de Walter

Benjamin, "Lœuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité
technique". Quand une oeuvre d’art est reproduite «mécaniquement» et
exposée au regard d’un grand nombre, écrit-il, elle change de statut mais aussi de nature. Le nombre de tirages influence la manière dont elle est perçue, donc aussi la manière dont elle fonctionne.

Une très belle affiche tirée en dix exemplaires seulement (ce qui est le cas bien plus souvent qu’on ne le croit) ne peut pas être comparée à une très belle affiche placardée dans toutes les villes de France. La première est vécue comme « artistique », la seconde comme « graphique ». La première laisse à penser, la deuxième donne à penser.

La technique de reproduction serait donc un indice important. Plus important peut-être que la facture de l’œuvre, qui est souvent trompeuse, vu le rôle que joue l’ironie dans la manipulation des codes et des citations graphiques.

Pour être sûr qu’une affiche exposée n’est pas une œuvre d‘art déguisée en outil de communication, mais bien « du graphisme » (comme on dit « du Chopin » ou « du Mozart »), il suffirait donc de vérifier son mode de fabrication.

L’impression offset pourrait être considérée comme un certificat d’authenticité. La sérigraphie, par contre, laisserait planer un doute. L’impression numérique serait rédhibitoire, autant que la photocopie. Toute épreuve comportant des « augmentations » faites à la main, tels typo appliquée au pochoir, taches d’encre, formes découpées, assemblées ou collées, serait aussitôt éliminée comme coupable de « braconnage » en territoire graphique.

Malheureusement, raisonner de cette manière serait trop facile. Les membres du jury qui ont sélectionné les affiches pour le concours international du festival de Chaumont en ont fait l’expérience. Trop de travaux présentés ressemblaient à première vue à des recherches plastiques. L’œil le plus averti aurait pu s’y tromper.

Pour débusquer les œuvres d’art, il fallait les « exposer ». Autrement dit, il fallait être plusieurs à les regarder. Les juges votaient d’après leur conscience, mais examinaient les affiches coude à coude, tous rassemblés autour d’une même image. Walter Benjamin remarquait que les œuvres d’art, une fois reproduites et exposées, perdaient leur aura de mystère mais pouvaient acquérir une autre qualité qu’il décrivait comme « politique », dans le sens de « polis », la cité.

C’est donc en groupe qu’il faut visionner les affiches pour qu’elles prennent (ou non) leur vraie valeur civique.  

Exposées à Chaumont, les affiches sélectionnées auront encore une fois une chance de prouver qu’elles appartiennent bien à cette étroite discipline qui n’est ni art ni communication. Ce qui est étonnant, c’est que ce changement de statut radical dont parle Walter Benjamin est un événement qui, s’il doit se produire, se produit instantanément. L’observateur solitaire qui s’est arrêté distraitement devant une affiche (pourquoi celle-là plutôt que sa voisine ?) sort soudain de son isolation. Il a envie de se tourner vers les autres, d’attraper quelqu’un au passage et de lui dire « Arrêtez-vous un moment. Venez voir cette affiche avec moi, regardons-la ensemble. »

Une affiche ne serait-elle pas tout simplement une image qui suscite un désir de regarder ensemble?